Mon père a fait plusieurs tentatives de suicide dans sa vie. Il évoquait souvent le sujet avec moi.
Le scénario de BD a été terminé, et je l'ai fait lire à mon père. Cela a pris plusieurs séances de travail, sur plusieurs jours. Et les délires se déchainaient pendant tout ce temps !
J'avais annoncé un déblocage chez moi à la fin de la BD. Mais cette fin, c'était quoi ? La fin de l'écriture, ou la fin de la lecture par Dominique ? C'est cette ambiguïté qui nous a couté une nouvelle tentative de suicide de mon père.
samedi 20 avril 2013
Journal d'une survie, vendredi 19 avril
C'est bien ça, une crise par semaine, toujours sur le même schéma : effondrement progressif, qui va au plus grave possible. Alors j'abandonne toutes les activités non vitales pour trouver la force de passer. et ça me permet le ressaisissement et la victoire finale... Et on recommence la semaine d'après. C'est épuisant ! Il faut que je sorte de ce piège !
Je reste fixé sur mon cap : le second chapitre des P. de C.
C'est bien ça, une crise par semaine, toujours sur le même schéma : effondrement progressif, qui va au plus grave possible. Alors j'abandonne toutes les activités non vitales pour trouver la force de passer. et ça me permet le ressaisissement et la victoire finale... Et on recommence la semaine d'après. C'est épuisant ! Il faut que je sorte de ce piège !
Je reste fixé sur mon cap : le second chapitre des P. de C.
vendredi 19 avril 2013
Je ne suis pas parvenu à arrêter de fumer. Je n'avais plus de
pipe ; les cigarettes ont recommencé à s'empiler dans mes
cendriers.
À l'époque, je travaillais
sur le scénario d'une BD. Un projet solitaire, sans dessinateur, que
je menais uniquement pour me prouver que j'étais capable de le
faire. J'espérais de cette démonstration d'énormes progrès. Il y
avait urgence : mon père était à bout. Plus j'approchais de la
réussite, et plus mes crises de délires étaient fréquentes et
intenses. Cela devenait invivable.
Journal d'une survie, jeudi 18 avril
Réveillé tard, le naufrage continue. Je m'accroche. Sur la fin d'après-midi, j'émerge un peu, grâce à ce "au lecteur" que je termine enfin ! Difficile tout ça... Très difficile ! Pour l'instant, c'est comme si je me faisais une grosse crise par semaine. Je n'ai pas de vrais progrès en vue, du moins je ne le sens pas ! Peut-être, j'espère, quand j'aurais terminé le plan du chapitre 2 des P de C.
Réveillé tard, le naufrage continue. Je m'accroche. Sur la fin d'après-midi, j'émerge un peu, grâce à ce "au lecteur" que je termine enfin ! Difficile tout ça... Très difficile ! Pour l'instant, c'est comme si je me faisais une grosse crise par semaine. Je n'ai pas de vrais progrès en vue, du moins je ne le sens pas ! Peut-être, j'espère, quand j'aurais terminé le plan du chapitre 2 des P de C.
jeudi 18 avril 2013
Au lecteur imaginaire...
Je vous le disais la dernière fois, je définis la psychologie comme « l'étude de l'intelligence ». Donc, la question qui surgit à la suite c'est : qu'est-ce que l'intelligence ?
L'intelligence c'est un choix désirant.
Le choix c'est quand on a la capacité de faire et la capacité de ne pas faire, et qu'on prend une de ces deux options. Le choix c'est donc la faculté d'impulser ou non une dynamique. Dit avec d'autres mots : c'est la capacité de produire ou non une force.
Le désir c'est être animé d'un objectif, c'est tendre vers un but. En d'autres termes, le désir c'est être porteur de la vision d'une certaine situation, dans un certain futur. Avec, c'est un point essentiel, un vécu de satisfaction si la situation se réalise, et un vécu d'insatisfaction dans le cas contraire.
Je vous le disais la dernière fois, je définis la psychologie comme « l'étude de l'intelligence ». Donc, la question qui surgit à la suite c'est : qu'est-ce que l'intelligence ?
L'intelligence c'est un choix désirant.
Le choix c'est quand on a la capacité de faire et la capacité de ne pas faire, et qu'on prend une de ces deux options. Le choix c'est donc la faculté d'impulser ou non une dynamique. Dit avec d'autres mots : c'est la capacité de produire ou non une force.
Le désir c'est être animé d'un objectif, c'est tendre vers un but. En d'autres termes, le désir c'est être porteur de la vision d'une certaine situation, dans un certain futur. Avec, c'est un point essentiel, un vécu de satisfaction si la situation se réalise, et un vécu d'insatisfaction dans le cas contraire.
Et donc, quand un choix est provoqué par un désir, il y a intelligence.
Par voie de conséquence, l'intelligence implique obligatoirement la présence d'un autre ingrédient : la connaissance. C'est incontournable. Puisque le désir est une projection dans le futur, cela sous-entend a minima que l'objet projeté est connu ! Il n'y a donc pas d'intelligence sans connaissance, même très partielle.
J'ai perdu la pipe au bord d'une route,
un matin pendant une balade des chiens. Elle a glissé de ma poche.
Nous avons refait le parcours plusieurs fois pour la retrouver, sans
y arriver.
J'aurais pu en racheter une
immédiatement. Mais je pensais, à ce moment-là, que le moment
était proche où je pourrais arrêter de fumer. Puisque le tabac
n'en avait plus que pour quelques semaines, j'ai jugé la dépense
inutile.
mercredi 17 avril 2013
Le lendemain ou le surlendemain de mon
déchaînement furieux, j'ai réparé la pipe.
Le tuyau était brisé, alors j'ai
cannibalisé celui d'une autre pipe et je l'ai retaillé à quelques
endroits pour que les parties s’emboîtent. Le résultat sentait
son bricolage, mais il était aussi confortable à l'usage que
l'original.
Cette récupération réussie était,
un peu, une manière d'effacer l'abomination de mon comportement. Je tenais beaucoup à cette nouvelle pipe, cette survivante.
Journal d'une survie, mardi 16 avril
Le croton de Dominique est en train de perdre ses feuilles. Je ne sais pas si c'est normal. J'ai l'impression que non. J'ignore quoi faire pour sauver la plante.
Le soir, gros cafard, grosse résistance à finir le prochain "au lecteur". J'avance, je fais, oui, mais tellement lentement. J'ai vraiment l'impression de reproduire en miniature ce que j'avais fait lors de la précédente crise. Espérons que ça reste une miniature !
Le croton de Dominique est en train de perdre ses feuilles. Je ne sais pas si c'est normal. J'ai l'impression que non. J'ignore quoi faire pour sauver la plante.
Le soir, gros cafard, grosse résistance à finir le prochain "au lecteur". J'avance, je fais, oui, mais tellement lentement. J'ai vraiment l'impression de reproduire en miniature ce que j'avais fait lors de la précédente crise. Espérons que ça reste une miniature !
mardi 16 avril 2013
De toute la collection de pipes que
j'avais, une seule me convenait vraiment. Je l'ai pulvérisée, un jour de grande
fureur contre mon père !
J'avais des accès de colère
terribles à l'époque. Des colères qui emportaient tout et me
plongeaient dans des moments de véritable folie ! La seule
limite que je connaissais alors, c'était la brutalité envers mes
semblables. Pour le reste, malheureusement, rien ne m'arrêtait ! Je
perdais tout bon sens, souvent je hurlais, et parfois je me
déchaînais contre les objets.
C'est dans un moment
comme celui-là que j'ai cassé cette pipe.
Journal d'une survie, lundi 15 avril
Long travail d'approche pour arriver au plan de ce second chapitre. Bonne mise en place. Pour le reste, tout est à peu près acceptable, même si j'ai encore cette manie de tout faire, toujours, au dernier moment (aujourd'hui, c'était les courses)...
Le soir, un peu de cafard, un peu de misère dans mon comportement, résistances connues...
Tard dans la nuit, découverte qui me semble majeure : dans les faits, le père exclut toujours le petit maso du bénéfice principal de la relation ! Il faut exploiter ça !
Long travail d'approche pour arriver au plan de ce second chapitre. Bonne mise en place. Pour le reste, tout est à peu près acceptable, même si j'ai encore cette manie de tout faire, toujours, au dernier moment (aujourd'hui, c'était les courses)...
Le soir, un peu de cafard, un peu de misère dans mon comportement, résistances connues...
Tard dans la nuit, découverte qui me semble majeure : dans les faits, le père exclut toujours le petit maso du bénéfice principal de la relation ! Il faut exploiter ça !
lundi 15 avril 2013
Plusieurs mois après la mort de ma
mère, un an peut-être, j'avais retenté l’expérience. J'avais
ressorti mes pipes des recoins à poussière où elles avaient été
exilées. Et cette fois-ci, j'avais réussi à trouver du plaisir
dans leur usage. Je n'étais pas meilleur bourreur de tabac
qu'auparavant. Mais désormais, j'étais capable de m'en satisfaire.
Je ne polluais plus mon comportement avec des exigences impossibles.
Cela peut sembler ridicule d'accorder
tant d'importance à une chose aussi triviale que fumer la pipe. Mais quand on est
parti de rien, les plus petits progrès sont inestimables !
dimanche 14 avril 2013
Comme la montre, la pipe aussi était
un symbole.
Il y a quelques années de cela,
j'étais un type tellement incapable que même fumer la pipe, je n'y
arrivais pas ! Le geste le plus simple (bourrer
grossièrement le fourneau, allumer et aspirer par le tuyau) je me
débrouillais pour le rendre insatisfaisant.
Je m'enfermais dans la complication.
J'avais des ambitions de dosage et de serrage exact du tabac, mais
sans jamais m'accorder l'énergie nécessaire à les satisfaire. D'un
côté, donc, je rêvais d'être capable de précision, de l'autre, je
m'obstinais à conserver des gestes brouillons !
L’échec était certain.
J’étais revenu à la cigarette.
Journal d'une survie, samedi 13 avril
Confirmation de la victoire. Je rédige la fin du plan du premier chapitre des P de C. Si je parviens à faire le plan du chapitre suivant, ce sera gagné. Du moins, c'est mon pronostic.
Le soir, rendez-vous chez A et B. Soirée agréable, mais j'arrive tout de même avec presque une demi-heure de retard ! je suis toujours aussi lourd à déplacer !
Confirmation de la victoire. Je rédige la fin du plan du premier chapitre des P de C. Si je parviens à faire le plan du chapitre suivant, ce sera gagné. Du moins, c'est mon pronostic.
Le soir, rendez-vous chez A et B. Soirée agréable, mais j'arrive tout de même avec presque une demi-heure de retard ! je suis toujours aussi lourd à déplacer !
samedi 13 avril 2013
Tout s'est noué le lundi 11 février,
lorsque nous sommes monté à la préfecture pour acheter la pipe.
C'est un épisode difficile à raconter, il est complexe et
douloureux. Autant que l'était le récit de la montre. Par un hasard
de la vie, ces deux moments d'avant basculement (lundi 11 et mardi
26) se sont articulés autour de l'achat de deux petits objets usuels.
Avec, pour chacun, une de mes crises de rejet... Avec, navrante concomitance, des élans de progrès qui ont jailli en moi, au moment même où mon père chutait !
Avec, pour chacun, une de mes crises de rejet... Avec, navrante concomitance, des élans de progrès qui ont jailli en moi, au moment même où mon père chutait !
Journal d'une survie, vendredi 12 avril
C'EST FAIT ! Je suis passé ! Je suis parvenu au matin à me remettre au plan du premier chapitre des P de C. Et j'ai fait du bon travail !
Le midi, à la cantine, je suis parfait avec les gamins ! VICTOIRE !!!
Fin de ma crise. Elle aura duré trois jours ! J'ai vraiment été près de tout perdre !
Le soir, pour une fois, je n'ai pas à antidater mes messages.
C'EST FAIT ! Je suis passé ! Je suis parvenu au matin à me remettre au plan du premier chapitre des P de C. Et j'ai fait du bon travail !
Le midi, à la cantine, je suis parfait avec les gamins ! VICTOIRE !!!
Fin de ma crise. Elle aura duré trois jours ! J'ai vraiment été près de tout perdre !
Le soir, pour une fois, je n'ai pas à antidater mes messages.
vendredi 12 avril 2013
Le soir du mercredi 27 février. Je
suis appelé. Je quitte la salle d'attente pour le couloir
du service des urgences. Le docteur a la tête en berne, ses yeux s'échappent. Je comprends. Je
demande : « c'est pas bon ? ». Il confirme. Il m'explique. Hémorragie
cérébrale. Je l'interroge sur les chances de survie, les séquelles éventuelles...
Il répond : « moi, je ne parle
même plus de séquelles ».
C'est foutu.
Journal d'une survie, jeudi 11 avril
La chute. L'humiliation. Profonde, mordante et tranchante comme une entaille...
Troisième jour de crise. Pas d'issue. Au contraire, je m'enfonce !
J'avais prévu de faire les P de C au matin mais je me rendors après la sonnerie du réveil. Une séance de travail de perdue. Avec les enfants à la cantine je me débrouille pour devenir un pauvre nullard qu'on méprise. Plus exactement, juste avant le nullard qu'on méprise.
Si je n'attaque pas les P de C, je suis mort ! C'est simple. Et ce n'est pas une image ! Mais je n'y arrive toujours pas ! Enfin si, un peu. Mais mal, sans inspiration. Pas la peine d'insister, ce serait remplir des pages pour rien ! Je dors dessus, une fois encore.
Heureusement, dans tout ce merdier, j'ai suffisamment de réussites à mon actif pour ne pas sombrer totalement dans le désespoir.
La chute. L'humiliation. Profonde, mordante et tranchante comme une entaille...
Troisième jour de crise. Pas d'issue. Au contraire, je m'enfonce !
J'avais prévu de faire les P de C au matin mais je me rendors après la sonnerie du réveil. Une séance de travail de perdue. Avec les enfants à la cantine je me débrouille pour devenir un pauvre nullard qu'on méprise. Plus exactement, juste avant le nullard qu'on méprise.
Si je n'attaque pas les P de C, je suis mort ! C'est simple. Et ce n'est pas une image ! Mais je n'y arrive toujours pas ! Enfin si, un peu. Mais mal, sans inspiration. Pas la peine d'insister, ce serait remplir des pages pour rien ! Je dors dessus, une fois encore.
Heureusement, dans tout ce merdier, j'ai suffisamment de réussites à mon actif pour ne pas sombrer totalement dans le désespoir.
jeudi 11 avril 2013
Mon frère a des enfants, moi, je n'en
ai pas.
Il y a quelque temps, leur autre grand-père s'est pendu ! Mon père ne voulait pas que ses petits-enfants entament la vie avec le poids de deux grands-pères suicidés ! Il ne voulait pas qu'ils sachent qu'il avait lui-même tenté de s'enfuir dans la mort.
C'était le seul et ultime cadeau qu'il pouvait leur faire.
Il y a quelque temps, leur autre grand-père s'est pendu ! Mon père ne voulait pas que ses petits-enfants entament la vie avec le poids de deux grands-pères suicidés ! Il ne voulait pas qu'ils sachent qu'il avait lui-même tenté de s'enfuir dans la mort.
C'était le seul et ultime cadeau qu'il pouvait leur faire.
Journal d'une survie, mercredi 10 avril
Journée... Oui, journée encore terrible. Continuation de la veille. Horreur de résistance pour ne pas engager les P de C ! Horreur de résistance tout près de m'abattre ! Rendez-vous avec le docteur B. Il aime trop parler et pas assez écouter. Moi aussi je parle trop, à tort et à travers, mal.
Tout me fait me sentir minable et nul. Tout ! Rien ne me récupère ! Pas fichu de respecter mon emploi du temps, retard, lourdeur à agir, erreur... Tout ! Tout pour me sentir une erreur humaine tout juste bonne à être sortie de l'existence !
J'ai vraiment l'impression que je reproduis la période avant la fin de la BD, avant la fin des délires. Ce déchainement final de résistance qui a eu lieu juste avant le progrès ! J'espère que le résultat sera aussi positif qu'à l'époque ! Mais rien n'est gagné ! Oh non, rien n'est gagné !
Et encore obligé d'antidater mes messages !
Journée... Oui, journée encore terrible. Continuation de la veille. Horreur de résistance pour ne pas engager les P de C ! Horreur de résistance tout près de m'abattre ! Rendez-vous avec le docteur B. Il aime trop parler et pas assez écouter. Moi aussi je parle trop, à tort et à travers, mal.
Tout me fait me sentir minable et nul. Tout ! Rien ne me récupère ! Pas fichu de respecter mon emploi du temps, retard, lourdeur à agir, erreur... Tout ! Tout pour me sentir une erreur humaine tout juste bonne à être sortie de l'existence !
J'ai vraiment l'impression que je reproduis la période avant la fin de la BD, avant la fin des délires. Ce déchainement final de résistance qui a eu lieu juste avant le progrès ! J'espère que le résultat sera aussi positif qu'à l'époque ! Mais rien n'est gagné ! Oh non, rien n'est gagné !
Et encore obligé d'antidater mes messages !
mercredi 10 avril 2013
Le mercredi 27 février, dans la
chambre de mon père aux soins de suite de notre ville. Je suis
arrivé à 13 heures 10, j'ai trouvé mon père endormi et je n'ai
pas réussi à le réveiller...
Finalement, j'appuie sur le bouton
d'appel. Quelques
minutes après, un sympathique jeune homme en
blouse me rejoint. Je lui demande ce qui arrive à mon père. Il
me répond, avec son sourire sympathique, qu'ils n'ont pas réussi à
le réveiller ce matin.
Un homme corseté dans un sommeil irrépressible, ça ne
les inquiète pas !
Sans bien savoir comment prendre cette
désinvolture, je signale tout de même que, là, mon père ne réagit toujours pas... Et je demande ce qu'on fait. Mon sympathique
interlocuteur, toujours avec son sourire gaiement imperturbable finit
par me dire de prendre rendez-vous avec le docteur ! Inutile de discuter avec un tel connard incompétent, je le laisse repartir vers ses sympathiques occupations et j'essaie à nouveau de tirer mon père du sommeil. Pour rien.
Je sais que le docteur prend son service à 14 heures. Je descends, je dis à l’accueil que mon père est incapable de se réveiller et que je voudrais que le médecin le visite dès son arrivée ...
Je sais que le docteur prend son service à 14 heures. Je descends, je dis à l’accueil que mon père est incapable de se réveiller et que je voudrais que le médecin le visite dès son arrivée ...
Et j’attends...
Journal d'une survie, mardi 9 avril
Journée terrible. La pire, largement, de toutes celles que j'ai vécues depuis la mort de mon père ! Je ne suis pas paralysé comme lors de l'attaque du 2 avril, non, c'est pire : je peux agir, mais je rate tout ! Je suis une usine à échecs systématiques !
Ça commence dès le matin et ça ne cesse pas, de toute la journée. Pour les choses les plus simples comme pour celles beaucoup plus importantes. Je vois l'attaque dès les premières heures de la journée et je m'arc-boute jusqu'au soir. Je sais qu'il faut que je réussisse à me remettre au P de C pour passer ce cap. Je suis dans un déchainement proche de celui ayant précédé la fin de la BD. Il faut tenir et avancer.
Bien entendu, obligé d'antidater mes messages !
Bien entendu, au moment de me coucher je ne me suis pas remis aux P de C...
Bien entendu, j'espère que demain, mercredi, sera la bonne !
Bonne chance à moi !
Journée terrible. La pire, largement, de toutes celles que j'ai vécues depuis la mort de mon père ! Je ne suis pas paralysé comme lors de l'attaque du 2 avril, non, c'est pire : je peux agir, mais je rate tout ! Je suis une usine à échecs systématiques !
Ça commence dès le matin et ça ne cesse pas, de toute la journée. Pour les choses les plus simples comme pour celles beaucoup plus importantes. Je vois l'attaque dès les premières heures de la journée et je m'arc-boute jusqu'au soir. Je sais qu'il faut que je réussisse à me remettre au P de C pour passer ce cap. Je suis dans un déchainement proche de celui ayant précédé la fin de la BD. Il faut tenir et avancer.
Bien entendu, obligé d'antidater mes messages !
Bien entendu, au moment de me coucher je ne me suis pas remis aux P de C...
Bien entendu, j'espère que demain, mercredi, sera la bonne !
Bonne chance à moi !
mardi 9 avril 2013
Le mercredi 27 février au matin, après
la recherche internet pour la montre. Au cœur de moi-même, je sais qu'une grande guérison vient d'avoir lieu...
Le progrès porte sur ces
affolements paralysants qui me prennent avant l'action. Ces derniers
jours, j'avais le dessus sur eux à force d’énergie. Maintenant, ils ont pratiquement disparu ! Je suis libéré de ces
vagues de suffocations mentales qui usent ma volonté et tendent à
m'enfermer dans l'immobilisme !
Ces paniques qui viennent de me quitter étaient un des ingrédients principaux qui rendaient irrépressibles les crises d'opposition à mon père ! Je ne suis donc pas dégagé de cette opposition, pas encore, mais je vais pouvoir la gérer désormais, et la rendre à peu près inoffensive...
Ces paniques qui viennent de me quitter étaient un des ingrédients principaux qui rendaient irrépressibles les crises d'opposition à mon père ! Je ne suis donc pas dégagé de cette opposition, pas encore, mais je vais pouvoir la gérer désormais, et la rendre à peu près inoffensive...
À l'horizon de notre relation, l'amitié tant attendue apparaît enfin !
Un peu en retard, je pars pour la visite à mon père, plein de toutes les bonnes nouvelles que j'ai à lui
annoncer. J'arrive à 13 heures 10 dans sa chambre et je le trouve
endormi...
lundi 8 avril 2013
Le grand chamboulement a lieu dès le
lendemain, le mercredi 27 février au matin. Au milieu des tâches
quotidiennes de la vie, je parviens à me convaincre de consulter
internet pour la montre. Et une demi-heure plus tard, je sais où trouver des tocantes d'occasions, pas cher, pas loin.
Ma recherche a été fructueuse, mais ce n'est pas ça le plus important. Le
plus important, c'est que j'ai pu la faire, sans rechigner. J'ai été suffisamment fort pour
faire ce cadeau à mon père ! Et au cœur de moi-même, je sais
immédiatement qu'une grande guérison vient d'avoir lieu !
Journal d'une survie, dimanche 7 avril
Fatigue énorme, pour cause de non-sommeil. Travail jusqu'à épuisement. Vieille tactique du maso pour échouer. Mais je termine et je réussis le logo commandé par A. Et, à trois heures du matin, je parviens à faire mon message pour le blog. C'est tardif, mais pas trop grave, ce n'est qu'une maigre concession à mes handicaps. L'important c'est que je parviens tous les jours à rédiger mes messages pour ce blog.
Plus tôt dans la journée, rendez-vous avec ma tante V, qui m'invite à déjeuner. J'arrive avec une heure de retard ! Idéal pour se sentir misérable. Là aussi, vieille tactique maso. Je le prends comme tel et je supporte. Parce que je crois que ça ne remet pas en cause les progrès.
Et je crois que l'issue victorieuse est très proche !
Fatigue énorme, pour cause de non-sommeil. Travail jusqu'à épuisement. Vieille tactique du maso pour échouer. Mais je termine et je réussis le logo commandé par A. Et, à trois heures du matin, je parviens à faire mon message pour le blog. C'est tardif, mais pas trop grave, ce n'est qu'une maigre concession à mes handicaps. L'important c'est que je parviens tous les jours à rédiger mes messages pour ce blog.
Plus tôt dans la journée, rendez-vous avec ma tante V, qui m'invite à déjeuner. J'arrive avec une heure de retard ! Idéal pour se sentir misérable. Là aussi, vieille tactique maso. Je le prends comme tel et je supporte. Parce que je crois que ça ne remet pas en cause les progrès.
Et je crois que l'issue victorieuse est très proche !
Jusque-là, mes petites notes
quotidiennes en italique gardaient un style assez vague. Je les écrivais ainsi dans le but de rester compréhensible de mon lecteur
imaginaire. En effet, un récit plus détaillé implique
obligatoirement énormément d'explication, pour remettre les choses
dans leur contexte.
Je m'affranchis aujourd'hui de cette contrainte.
Je fais de ces notes un journal à seule destination de moi-même, pour disposer d'un historique de cette période de ma vie si le besoin s'en fait sentir plus tard. Je ne m'encombrerai donc pas d'expliquer, mais seulement de relater succinctement les faits marquants. Et je ne m'interdis pas de recourir au jargon dont j'ai habituellement l'usage pour décrire ma maladie.
Je renomme tous ces messages : "journal d'une survie"...
Je m'affranchis aujourd'hui de cette contrainte.
Je fais de ces notes un journal à seule destination de moi-même, pour disposer d'un historique de cette période de ma vie si le besoin s'en fait sentir plus tard. Je ne m'encombrerai donc pas d'expliquer, mais seulement de relater succinctement les faits marquants. Et je ne m'interdis pas de recourir au jargon dont j'ai habituellement l'usage pour décrire ma maladie.
Je renomme tous ces messages : "journal d'une survie"...
dimanche 7 avril 2013
Le mardi 26 février, après mon départ
des soins de suite de notre ville, je parviens dans la douleur à
faire les courses. Puis, une fois à la maison, je parviens dans la
douleur à me faire à manger. Et je me mets à l'ordinateur. Et
j’apprends que le projet sur lequel je travaillais est enfin
accepté !
Ce projet n'avait rien de rémunéré,
il était destiné à un groupe bénévole sur internet. Mais
ce travail tenait une place importante dans ma lutte intérieure. Sa
réussite marquait l'aboutissement de tout un pan de mes efforts et j'en attendait une profonde
transformation de ma dynamique. Une libération
qui allait, j'en étais sûr, s'ajouter à toutes celles – grandes
et petites – déjà accomplies jusqu'alors. Je crois bien me
souvenir qu'en découvrant la nouvelle, j'ai réellement dansé de
joie !
J'ai pensé prévenir mon père,
puisqu'il avait le téléphone dans sa chambre. Mais dans l'après-midi, lorsque j'avais proposé de donner son
numéro à mon frère, mon père avait refusé, de peur qu'un
appel vienne briser le sommeil qu'il avait déjà tant de mal à
trouver. Cette nuit-là j'ai pesé le pour (l'extraordinaire nouvelle
à lui communiquer), et le contre (risquer de gâcher sa nuit) et
j'ai penché pour le contre et décidé de remettre la grande annonce
à demain.
Et comme après tant d'autres situations,
je suis désormais accompagné de la question traitresse : et si...?
Et si j'avais passé le coup de fil ? Mon père aurait-il vu le matin et finalement survécu ? Ou serait-il quand même mort ? Et, dans les mêmes circonstances ? Serait-il parti plus heureux ?
Et si j'avais passé le coup de fil ? Mon père aurait-il vu le matin et finalement survécu ? Ou serait-il quand même mort ? Et, dans les mêmes circonstances ? Serait-il parti plus heureux ?
Toutes questions finalement inutiles
puisque, même si je pouvais avoir la réponse, cela ne changerait
rien au fait qu'au moment de décider, je n'avais absolument
aucun moyen de soupçonner les enjeux qui pesaient sur mon choix.
samedi 6 avril 2013
En lisant ces courts messages
quotidiens, on peut s'étonner de me voir évoquer des victoires qui
semblent toutes se ressembler, comme si en fait je ne cessais de
recommencer indéfiniment le même combat contre moi-même. Il est
vrai que l'affrontement que je mène est un périple au long cour,
ponctué d'une multitude d'escarmouches, dont la plupart ne sont que
la triste répétition quotidienne des mêmes drames intimes, et des
mêmes efforts pour avancer malgré tout.
Mais si on prend un peu de recul, les
grands mouvements apparaissent. Telle paralysie qui me clouait dans
l'inaction a cessé définitivement de se produire. Telle bouffée de
colère ne vient plus jamais polluer mon comportement social. Tel perfectionnisme absurdement stérile ne m'empêche
plus d'exploiter mes capacités...
Cela ne veut pas dire que l'action est
devenue facile pour moi, ou que la relation avec les autres est sans
obstacles. Si certaines manifestations malades ont disparu
entièrement, mes grands blocages profonds sont toujours là.
Amoindris mais présents. Et ce phénomène perdurera tant que je
n'aurais pas atteint la racine la plus essentielle du mal, tant que
je ne serais pas parvenu à l'extirper.
vendredi 5 avril 2013
Le mardi 26 février, en fin
d'après-midi, je suis dans la chambre de mon père, aux soins de
suite de notre ville. Nous sommes en train de parler de la montre et
je me sens pris à la gorge...
Depuis que mon père explore l'idée de recherche sur internet, j'ai l'impression qu'il radote. Plus la discussion s'allonge, plus j'étouffe. Et à la fin, je ne peux plus dissimuler. Mes mots ne prennent pas un tour insultant, non, mais mon attitude se met à exprimer ouvertement l’énervement et le rejet. Mes gestes, le ton de mes paroles, mes arguments... Je ne suis plus qu'un bloc d'opposition systématique ! Je ne supporte plus mon père !
Depuis que mon père explore l'idée de recherche sur internet, j'ai l'impression qu'il radote. Plus la discussion s'allonge, plus j'étouffe. Et à la fin, je ne peux plus dissimuler. Mes mots ne prennent pas un tour insultant, non, mais mon attitude se met à exprimer ouvertement l’énervement et le rejet. Mes gestes, le ton de mes paroles, mes arguments... Je ne suis plus qu'un bloc d'opposition systématique ! Je ne supporte plus mon père !
J'ai tellement de difficultés à agir,
je suis tellement paniqué par chaque nouvelle chose à faire, que
les digues ont cédé en moi, une fois encore !
Pour clore je dis à mon père, sur un ton sec, que je
dois aller en commission avant l'heure de fermeture et je l'assure
que je vais m'occuper de la montre. Et je pars et, au moment de
passer la porte, je lâche sans me retourner ces mots misérables
« Bonne soirée, bonne nuit et pas trop de souffrance... »
Les derniers mots de notre dernière
discussion.
jeudi 4 avril 2013
Quelques jours auparavant, à l’hôpital
pas loin de chez nous, l'un de nous – mon père ou moi je ne sais
plus – avait relancé le projet d'achat de la montre. Mais depuis je n'avais pas eu vraiment le temps de m'y atteler.
Le mardi 26 février, en fin
d'après-midi, je suis dans la chambre de mon père, aux soins de
suite de notre ville. Maintenant qu'il est installé là, nous avons
devant nous des moments plus tranquilles et je peux m'occuper
sérieusement de lui trouver enfin une montre qui convienne à notre
budget. La veille, j'ai déjà exploré une braderie remplie de
produits d'importations, sans succès, et je compte dès demain en
entreprendre une autre. J'en parle à mon père, qui propose alors d'essayer
l'hypermarché de notre ville. Mais c'est un endroit aussi vaste que
désagréable, un grand repaire du brigandage commercial moderne, où
les gens s'engouffrent en multitudes fébriles et glauques. Nous nous
faisons un point d'honneur d'y laisser notre pauvre argent le moins
souvent possible.
Réticent à l'idée d'aller là-dedans,
je pense alors à faire une recherche sur internet. Mon père adhère
à mon idée avec enthousiasme et il se met à en discuter.
Et c'est là que moi, pris à la gorge
à cause de ce qui est en train de se passer, je commence à ne
plus pouvoir jouer le jeu de la relation avec lui...
mercredi 3 avril 2013
Dans les derniers mois de 2012, suite
au désir de mon père d'avoir une montre, nous en avions commandé
une dans un catalogue de vente par correspondance, un de ceux qui
donnent toujours à qui le souhaite l'un ou l'autre objet made in
china, pour prix dérisoire des frais de port. Cette fois-là, donc,
c'était une montre qu'ils proposaient en cadeau, et le tarif
correspondait assez bien à nos moyens financiers.
Mais le chèque couvrant les frais d'envois n'a jamais été débité, la montre n'est jamais arrivée et nous n'avons jamais réussi à joindre quelqu'un, malgré nos appels renouvelés au numéro censé aider les clients en délicatesse avec leurs livraisons.
Mais le chèque couvrant les frais d'envois n'a jamais été débité, la montre n'est jamais arrivée et nous n'avons jamais réussi à joindre quelqu'un, malgré nos appels renouvelés au numéro censé aider les clients en délicatesse avec leurs livraisons.
Journal d'une survie, mardi 2 avril
Aujourd'hui, gros coup de grisou. C'est normal : la maladie se défend à hauteur des victoires de la journée. Et elles sont belles, ces victoires : totale réussite avec les gamins de la cantine !
Je subis une attaque d'une nature telle qu'il me faut dérouler bien loin le fil de mes souvenirs pour en retrouver une équivalente. Cela me coûte une journée entière pour simplement reprendre pied. Et je m'estime heureux : ce n'est pas cher payé ! En d'autres temps, une telle situation ne me laissait aucune chance !
Au moment de rédiger ma note quotidienne, je suis submergé d'une fatigue qui m'abat et je vais dormir. Et je me lève trop tard pour publier avant minuit. Il est 0 heures 42 quand je termine et je suis obligé d'antidater ma note !
Aujourd'hui, gros coup de grisou. C'est normal : la maladie se défend à hauteur des victoires de la journée. Et elles sont belles, ces victoires : totale réussite avec les gamins de la cantine !
Je subis une attaque d'une nature telle qu'il me faut dérouler bien loin le fil de mes souvenirs pour en retrouver une équivalente. Cela me coûte une journée entière pour simplement reprendre pied. Et je m'estime heureux : ce n'est pas cher payé ! En d'autres temps, une telle situation ne me laissait aucune chance !
Au moment de rédiger ma note quotidienne, je suis submergé d'une fatigue qui m'abat et je vais dormir. Et je me lève trop tard pour publier avant minuit. Il est 0 heures 42 quand je termine et je suis obligé d'antidater ma note !
Au lecteur imaginaire...
Je dois maintenant vous faire passer par quelques définitions. Mes mots vont être simples, je l'espère, mais les réalités dont ils sont l'expression sont complexes. Ce n'est donc pas à un travail facile que je vous convie.
Puisque je veux parler de psychologie, je dois pour commencer dire ce que j’entends par là.
Ma définition ne sera pas parfaite ; aucune description du champ d'action d'une science ne peut l'être. Les sciences sont par essence évolutives : chaque nouvelle découverte les transforme, par petits bouts ou par grandes révolutions. Elles sont ouvertes sur l'inconnu et se nourrissent mutuellement les unes des autres. Et il arrive, en bien des cas, que leurs domaines d'activité aient des zones de chevauchement. Toutes ces raisons font que les sciences répugnent naturellement aux frontières étanches et bien délimitées.
Pour donner une image, tracer le périmètre d'une science, et préciser ainsi ce qui la différencie des autres, c'est comme dresser la carte d'un groupe de lacs dont les eaux, sous l'effet de capricieux et fréquents mouvements de terrain, n'arrêteraient jamais de changer de niveau, de se partager et de se mélanger...
Cela n'empêche pas l'être humain, lancé dans sa course au savoir, d'essayer toujours de classifier ses connaissances par catégories. Et c'est là une démarche nécessaire et intellectuellement enrichissante. Mais à condition qu'on garde à l'esprit que, dans les faits, ces catégories restent mouvantes et, très souvent aussi, s’interpénètrent.
Ces précautions prises, voici ma définition : la psychologie, c'est l'étude de l'intelligence.
Bien sûr – c'était d’ailleurs l'objet du dernier message que je vous ai adressé, cher lecteur imaginaire – la psychologie n'est pas la seule discipline qui s'occupe d'« étudier l'intelligence ». Mais les autres branches ayant le même sujet de recherche se concentrent sur l'étude des organes de l'intelligence (cerveaux, système nerveux etc.). Alors que la psychologie, elle, dirige son regard vers l'intelligence telle qu'elle se manifeste, telle qu'elle se réalise, telle qu'elle sort, en quelque sorte, de ces organes. La psychologie se concentre sur les témoignages, les rêves, les fantasmes, les relations, bref, tous les « objets » produits par l'intelligence.
Si l'on veut, il y en a donc qui s'occupent d'ausculter les entrailles de l'appareil à fabriquer l'intelligence.
Et d'autres qui étudient la production issue de cet appareil.
Ces derniers font de la psychologie.
Cette définition que je donne de la psychologie en appelle une autre, beaucoup plus fondamentale, et qui ne pourra pas, elle, se payer le luxe de l'imprécision : qu'est-ce que l'intelligence ?
Je dois maintenant vous faire passer par quelques définitions. Mes mots vont être simples, je l'espère, mais les réalités dont ils sont l'expression sont complexes. Ce n'est donc pas à un travail facile que je vous convie.
Puisque je veux parler de psychologie, je dois pour commencer dire ce que j’entends par là.
Ma définition ne sera pas parfaite ; aucune description du champ d'action d'une science ne peut l'être. Les sciences sont par essence évolutives : chaque nouvelle découverte les transforme, par petits bouts ou par grandes révolutions. Elles sont ouvertes sur l'inconnu et se nourrissent mutuellement les unes des autres. Et il arrive, en bien des cas, que leurs domaines d'activité aient des zones de chevauchement. Toutes ces raisons font que les sciences répugnent naturellement aux frontières étanches et bien délimitées.
Pour donner une image, tracer le périmètre d'une science, et préciser ainsi ce qui la différencie des autres, c'est comme dresser la carte d'un groupe de lacs dont les eaux, sous l'effet de capricieux et fréquents mouvements de terrain, n'arrêteraient jamais de changer de niveau, de se partager et de se mélanger...
Cela n'empêche pas l'être humain, lancé dans sa course au savoir, d'essayer toujours de classifier ses connaissances par catégories. Et c'est là une démarche nécessaire et intellectuellement enrichissante. Mais à condition qu'on garde à l'esprit que, dans les faits, ces catégories restent mouvantes et, très souvent aussi, s’interpénètrent.
Ces précautions prises, voici ma définition : la psychologie, c'est l'étude de l'intelligence.
Bien sûr – c'était d’ailleurs l'objet du dernier message que je vous ai adressé, cher lecteur imaginaire – la psychologie n'est pas la seule discipline qui s'occupe d'« étudier l'intelligence ». Mais les autres branches ayant le même sujet de recherche se concentrent sur l'étude des organes de l'intelligence (cerveaux, système nerveux etc.). Alors que la psychologie, elle, dirige son regard vers l'intelligence telle qu'elle se manifeste, telle qu'elle se réalise, telle qu'elle sort, en quelque sorte, de ces organes. La psychologie se concentre sur les témoignages, les rêves, les fantasmes, les relations, bref, tous les « objets » produits par l'intelligence.
Si l'on veut, il y en a donc qui s'occupent d'ausculter les entrailles de l'appareil à fabriquer l'intelligence.
Et d'autres qui étudient la production issue de cet appareil.
Ces derniers font de la psychologie.
Cette définition que je donne de la psychologie en appelle une autre, beaucoup plus fondamentale, et qui ne pourra pas, elle, se payer le luxe de l'imprécision : qu'est-ce que l'intelligence ?
mardi 2 avril 2013
"Bonne soirée, bonne nuit et pas
trop de souffrance..." Le mardi 26 février, en fin
d'après-midi, c'est par ces mots misérables que je quitte mon
père.
Et dans le couloir des soins de suite
de notre ville, où j'avance d'un pas vif pour quitter les lieux et aller en commission,
je me demande si je n'ai pas été trop cassant, et j'hésite à faire
demi-tour. Mais je choisis de continuer vers la sortie. Depuis deux jours,
tous mes démons attaquent et je dois leur tenir tête. Le combat
est encore devant moi, durant cette soirée que je vais passer seul
chez nous, où il me faudra vaincre et agir pour ne pas
m'effondrer.
À ce moment-là, comme tant d'autre
fois depuis des années, je décide de me concentrer sur le progrès
à portée de ma main, et je sacrifie la relation avec mon père. Pas parce que j'y
suis indifférent, bien au contraire !
Mais parce que j'estime que cette relation est de toute façon contaminée par nos handicaps à chacun. Et que la seule manière de
l'améliorer en profondeur, c'est de nous guérir une bonne fois pour
toute de ces maux qui nous rongent.
Journal d'une survie, lundi 1 avril
Atroce vague de cafard. Mon père me manque tout le temps, pour tout. Là aussi, je soupçonne le procédé inconscient pour aboutir à l'échec.
Je regardais ce grand truc en macramé fait par ma mère, qui pend dans l'entrée. Je l'ai toujours détesté ce machin. Mon père aussi. Il y a quelque temps, un peu avant son périple à l’hôpital, il a proposé de le bazarder. J'ai dit d’accord, d'enthousiasme. Et je crois que je nous aie fixé un délai pour le faire « quand on aura terminé telle chose, on le jette... ». Fixer des objectifs, comme ça, c'est une façon de me dynamiser que j'utilise souvent.
Mais voilà, les choses se sont enchaînées de telle manière que cette dégoûtation en laine est encore là, à la même place que depuis des années. Il y a tellement de choses que nous n'avons pas faites, mon père et moi, tellement, partout, tout le temps !
Et moi, maintenant, qui me met en tête de faire aboutir tous nos projets à moi seul ! Pauvre idiot ! Pauvre type !
Atroce vague de cafard. Mon père me manque tout le temps, pour tout. Là aussi, je soupçonne le procédé inconscient pour aboutir à l'échec.
Je regardais ce grand truc en macramé fait par ma mère, qui pend dans l'entrée. Je l'ai toujours détesté ce machin. Mon père aussi. Il y a quelque temps, un peu avant son périple à l’hôpital, il a proposé de le bazarder. J'ai dit d’accord, d'enthousiasme. Et je crois que je nous aie fixé un délai pour le faire « quand on aura terminé telle chose, on le jette... ». Fixer des objectifs, comme ça, c'est une façon de me dynamiser que j'utilise souvent.
Mais voilà, les choses se sont enchaînées de telle manière que cette dégoûtation en laine est encore là, à la même place que depuis des années. Il y a tellement de choses que nous n'avons pas faites, mon père et moi, tellement, partout, tout le temps !
Et moi, maintenant, qui me met en tête de faire aboutir tous nos projets à moi seul ! Pauvre idiot ! Pauvre type !
lundi 1 avril 2013
Cette montre, c'était un symbole.
Celui de la conquête par mon père d'une certaine normalité.
Mon père avait passé son existence exilé en
marge d'une attitude responsable. Par maladie, par impuissance, il
s'était toujours montré douloureusement incapable d'accomplir
correctement tout un éventail de gestes ordinaires. À force
d'héroïsme (je pèse mes mots) il était néanmoins parvenu, malgré
les accidents et les échecs, à se conformer aux exigences de la vie
en société. Suffisamment, du moins, pour ne pas en être exclu.
Une des manifestations de ces tares de la vie ordinaire qui l'accablaient – non pas la plus douloureuse, mais une des plus visibles – c'était de ne jamais avoir l'heure. Mais dans les derniers mois de 2012, mon père avait décidé d'avoir enfin une montre à son poignet. Et ça me rendait heureux.
Une des manifestations de ces tares de la vie ordinaire qui l'accablaient – non pas la plus douloureuse, mais une des plus visibles – c'était de ne jamais avoir l'heure. Mais dans les derniers mois de 2012, mon père avait décidé d'avoir enfin une montre à son poignet. Et ça me rendait heureux.
Cette montre c'était un symbole, un symbole de vie et de guérison...
dimanche 31 mars 2013
"Bonne soirée, bonne nuit et pas
trop de souffrance..." c'est par ces mots misérables que j'ai
quitté mon père. Les derniers mots de notre dernière discussion.
Mardi 26 février, en fin d'après-midi. Tous mes démons me chargent depuis deux jours mais je résiste et je
continue à agir. C'est un progrès extraordinaire ! Mais cela
me rend fragile...
Depuis toujours ou presque, je suis un
bancal de la relation. Un amputé de la manifestation d'amour. C'est
une manière assez juste de décrire un des aspects principaux de mon
handicap. Depuis toujours ou presque, irrépressiblement, je traite
mon père en ennemi !
Même si j'ai une idée assez précise
des causes de cette attitude, ma connaissance n'est pas encore assez nette pour que je puisse en faire le récit ici. Je me
bornerais donc à dire que cette aversion n'était pas due au
comportement de mon père. Il recevait cette hostilité, sans pouvoir
rien y faire ; et je vivais cette hostilité, sans pouvoir rien
y faire ! Heureusement, ce rejet n'était pas permanent, ni
total. Mais c'était une toile de fond dans notre relation et c'était
ainsi depuis mon âge le plus tendre ! J'ai tout fait pour m'en
débarrasser. J'ai bataillé pendant des années et des années, aux cotés de mon
père, pour nous libérer tous les deux de cette abomination.
Et les premiers fruits de cette lutte
venaient enfin d'être récoltés ! Dans mes rapports avec lui,
je n'étais déjà plus ce prisonnier absolu de moi-même que je
pouvais être encore un mois auparavant, ni l'être si facilement pris au piège
que j'étais il y a encore quinze jours. Les avancées étaient fulgurantes ! Mais cela ne voulait pas dire que
j'étais totalement libéré. Il en restait, en face de nous, des
obstacles !
Et c'est sur un de ces relents de mon
opposition que nous sommes tombés, lorsque nous nous sommes mis à parler de
la montre...
Journal d'une survie, samedi 30 mars
Grand succès dans mon travail - à l'arraché, comme toujours, mais ça avance.
Le soir, je suis invité et je me retrouve devant un spectacle rare, d'une force précieuse : deux parents riches de pure gentillesse qui, malgré leurs limites et leurs blessures, sont en train de faire éclore un petit bout d'homme extraordinaire !
Grand succès dans mon travail - à l'arraché, comme toujours, mais ça avance.
Le soir, je suis invité et je me retrouve devant un spectacle rare, d'une force précieuse : deux parents riches de pure gentillesse qui, malgré leurs limites et leurs blessures, sont en train de faire éclore un petit bout d'homme extraordinaire !
samedi 30 mars 2013
Dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28
février. Mon père est dans la chambre individuelle, à l'étage du
petit hôpital pas loin de chez nous. On nous a laissés seuls et je
m'adresse à lui. Mais les mots sonnent creux. La sincérité
s’étouffe dans ma gorge. Je ne sais toujours pas lui parler.
Je lui fais le bilan de mes progrès,
mais mon discours est contourné et compliqué ; le sens de mon
propos se perd dans les méandres de mes paroles. Je veux lui
expliquer mon attitude de mardi, mais je suis toujours incapable
de lui dire combien je m'étais trouvé minable. J'essaye de le
rassurer sur mon avenir, de lui dresser un portrait optimiste de ce
que je pourrais devenir après sa disparition, mais, encombré
de précautions et de détails, je rends touffus ce qui aurait dû
être simple.
Devant son corps en agonie, je suis
encore impuissant à lui dire ce qu'il faudrait !
Mais tant pis, je continue sans m'encombrer de scrupules. Le temps est court avant son départ et je dois lui offrir ce que j'ai de meilleur. Et même si c'est insuffisant, même si c'est mal, c'est toujours mieux que rien.
Mais tant pis, je continue sans m'encombrer de scrupules. Le temps est court avant son départ et je dois lui offrir ce que j'ai de meilleur. Et même si c'est insuffisant, même si c'est mal, c'est toujours mieux que rien.
vendredi 29 mars 2013
Dans la nuit du mercredi 27 au jeudi 28
février. Mon père est aux urgences, sur une civière, bardé de fil
et de tuyau. On m'a promis de lui trouver une chambre individuelle,
où je pourrais lui parler. Les docteurs me disent tous la même
chose : rien n'est certain, mais peut-être que son esprit est
encore là et que, quelque part au fond du coma, il reste une
conscience capable de recevoir les paroles prononcées. Ils n'en
savent rien du tout, et ils ne s'en cachent pas, mais ils font comme
si. Je vois les gens de l’hôpital s'adresser à mon père pour
l'avertir de chaque manœuvre sur son corps abandonné.
Je veux lui parler, à mon papa en
train de mourir, je veux clore de belle manière notre aventure
ensemble, et effacer autant que possible les paroles sordides que
j'ai prononcées en le quittant, mardi.
jeudi 28 mars 2013
Mardi 26 février. Mon père est enfin
transféré du petit hôpital pas loin de chez nous aux soins de
suite de notre ville. Il se débarrasse, soulagé, de ce lieu qu'il déteste et
de ces gens qui le révulsent.
Moi, depuis dimanche et la visite de
mon frère, j'ai tous mes démons qui me chargent. Je suis dans un
naufrage permanent dont je ne survis, à chaque fois, qu'à force
d'obstination. Les gestes les plus anodins de la vie réclament des
efforts invraisemblables ; mais malgré tout je parviens à agir.
Pour moi, là est la grande nouveauté :
pour la première fois de ma vie, dans une telle circonstance,
j'échappe à la paralysie irrépressible qui finissait toujours par
gagner en moi ! C'est un progrès extraordinaire !
mercredi 27 mars 2013
Et si, au lieu de faire cette surprise
à mon père, j'avais été au plus vite chez le vétérinaire,
est-ce que j'aurais pu sauver notre toutou ? Peut-être pas,
peut-être... Il est possible que ma décision ait coûte la vie au
chien. Malgré cela, je ne me suis pas senti trop coupable de cette
mort. À quoi cela aurait-il servi ? J'ai fais un choix,
sans pouvoir en mesurer pleinement les conséquences. C'est ce que
nous faisons tous, tout le temps... Simplement, cette fois-là, la
chance nous a manqué.
Je ne me suis pas vraiment fait de
reproche, mais je me suis senti con. Les choses s'étaient mal
emboîtées et on n'y pouvait plus rien maintenant. Je me suis senti
con...
mardi 26 mars 2013
Le 14 février, ou le 15 ou le 16... Ce
jour-là, un de nos chiens est mort.
Après la surprise à mon père, je suis rentré chez nous. Il est tard, je suis à l'ordinateur. Disposés dans la pièce, les chiens se consacrent au sommeil avec intensité. Sauf le malade, qui glisse sans souffrir dans une torpeur de plus en plus inquiétante. Je finis par comprendre que si je ne fais rien, il n'y aura pas de demain pour celui-là. J'appelle un numéro d'urgence vétérinaire. Au bout du fil, on n'a besoin que de quelques descriptions pour me livrer le diagnostic : torsion de l'estomac ! Trop tard pour agir ! Le téléphone est encore à mon oreille quand le chien se secoue un peu, dans un dernier petit spasme. C'est terminé, il est mort. Quelques mots encore, échangés avec la voix au téléphone, qui a l'air sincèrement désolée, et puis je raccroche.
Tout au long de l'après-midi, la vie
s'est évaporée doucement de son corps de chien. Il est mort comme un jour qui
s'éteint peu à peu, pour laisser venir la nuit... Et moi qui le regardais, je ne l'ai pas
compris.
Après la surprise à mon père, je suis rentré chez nous. Il est tard, je suis à l'ordinateur. Disposés dans la pièce, les chiens se consacrent au sommeil avec intensité. Sauf le malade, qui glisse sans souffrir dans une torpeur de plus en plus inquiétante. Je finis par comprendre que si je ne fais rien, il n'y aura pas de demain pour celui-là. J'appelle un numéro d'urgence vétérinaire. Au bout du fil, on n'a besoin que de quelques descriptions pour me livrer le diagnostic : torsion de l'estomac ! Trop tard pour agir ! Le téléphone est encore à mon oreille quand le chien se secoue un peu, dans un dernier petit spasme. C'est terminé, il est mort. Quelques mots encore, échangés avec la voix au téléphone, qui a l'air sincèrement désolée, et puis je raccroche.
Singulièrement, trois semaines plus tard, mon père allait connaitre une agonie presque semblable.
lundi 25 mars 2013
Le 14 février, ou le 15 ou le 16... Ce jour-là, un de nos chiens est mort. La surprise pour mon père, c'est de
préparer un petit gueuleton, afin de remplacer la triste tambouille
hospitalière qui le rebute tellement. L'après-midi est déjà bien
avancée et je dois foncer. Je vais acheter ce qui me manque, je
cuisine à la maison, je fourre dans des plats fermés et, comme
j'ignore ce que diraient les aides-soignantes de mon initiative - et
que je ne compte surtout pas leur demander - je cache le tout dans de
grands sacs. Je suis de retour à l'hôpital exactement à l'heure, et je
peux discrètement déballer mes merveilles. Mon père apprécie
l'intention, mais la nourriture le laisse presque indifférent. Il
mange sans faim et sans plaisir, bloqué depuis son malaise.
dimanche 24 mars 2013
Ce jour-là, un de nos chiens est
mort. Nous avions quatre chiens. Des pièces rapportées au gré des
circonstances, des toutous de bric et de broc, une demi-meute
flamboyante et bancale, à l'image de nos vies...
Le jeudi 14 février,
l'après-midi après le transfert, ou le vendredi 15, ou le 16... (je
ne me rappelle déjà plus du jour exact !). Au moment de prendre la
voiture, je trouve un de nos corniauds couché dans le garage, le
ventre terriblement gonflé. Il attend, le flanc sur le béton, la
tête posée par terre, calme, sans vouloir bouger de là... Aucune
douleur quand j'appuie sur son abdomen tendu comme une outre.
Inquiété, je le charge sur le siège arrière, décidé à
l'emmener à l'hôpital des bêtes juste après ma visite à
l'hôpital des hommes.
Quand je ressors du petit
hôpital pas loin de chez nous, je laisse le chien se dégourdir les
pattes le long du parking. Il s'agite avec un peu plus de conviction
qu'avant, il a l'air d'aller mieux. Le prix du vétérinaire me
rebute et je voudrais employer la fin de l'après-midi pour organiser
une surprise à mon père. Je choisis de reporter la consultation du
bestiau à demain, en me disant qu'après tout, peut-être qu'il ira
mieux d'ici là...
samedi 23 mars 2013
Dans la nuit du mercredi 27 au jeudi
28 février. Mon père vient d'être installé dans une chambre individuelle, à
l'étage du petit hôpital pas loin de chez nous. On me laisse seul
avec lui. Il y a une maigre chance que mes mots traversent son coma
pour parvenir à sa compréhension, et j'ai décidé de la saisir.
Je commence à lui parler, débutant
un dialogue solitaire qui va se prolonger durant toutes ces journées
et toutes ces nuits qu'il nous reste à vivre ensemble. Cette courte poignée
d'instants qui furent les plus longs que j'ai jamais vécus...
Au lecteur imaginaire...
Je vais poursuivre mon introduction. Excusez-moi pour cette longue mise en place avant d'en arriver aux faits proprement dits, mais je ne vois pas comment expliquer autrement.
Je vais poursuivre mon introduction. Excusez-moi pour cette longue mise en place avant d'en arriver aux faits proprement dits, mais je ne vois pas comment expliquer autrement.
Pour faire simple, il y a dans notre
monde deux branches de la science qui s'occupent du cerveau humain.
La première, c'est la partie
qu'on pourrait qualifier de science "dure" : neurologie, psychiatrie etc. Dans cette branche, on utilise des outils de mesures,
et on tente d'inventorier les myriades de cellules qui s'entrecroisent
dans nos esprits, leur rôle, leur fonctionnement, etc. Et on soigne
à coup d'opérations et de médicaments. Malheureusement, cette
science est encore terriblement balbutiante. Notre cerveau demeure, dans sa plus grande
part, une vaste terre ignorée ; et malgré nos
efforts et nos trésors de curiosité, on n'en dresse toujours que des cartes presque vides !
La seconde branche, c'est une
science aux contours fort mal définis. C'est à peine une science
en fait, tant elle sert de confortable refuge a des charlatans de
toutes sortes. Cette seconde branche, c'est la
psychologie (terme dans lequel j'enfourne toutes les nuances que la
fantaisie humaine a bien voulu créer : psychothérapie,
comportementalisme etc.)... Et cette science-là n'est pas
balbutiante, non, c'est pire ! C'est quasiment un désert de connaissance,
où le bidouillage fait office de recherche. Où, comme à l'époque
des médecins de Molière, l'ignorance se dissimule sous des flots de termes savants. Et où bon nombre de vulgarisateurs ont des
allures de gourous, tellement ce qu'ils ont à transmettre est pauvre en rigueur scientifique !
Et c'est là-dedans, dans la
psychologie, que mon père s'est investi il y a des décennies de
cela ! Et c'est là-dedans que je l'ai suivi. Là-dedans que je
suis encore !
Mon père s'est lancé dans la psy
parce qu'il était convaincu que, malgré les médicastres, les fous
et les menteurs, malgré toutes les approximations et les fausses
directions, la démarche n'était pas à rejeter en elle-même. Elle
pouvait être porteuse de guérison, et tenir sa promesse d'amoindrir
le malheur. Et aujourd'hui, dans cette tristesse
immense que je traverse suite à la mort de mon père, je peux dire avec une infinie fierté : les
faits lui ont donné raison !
vendredi 22 mars 2013
Peut-être que l'hémorragie
cérébrale, qui a frappé mon père dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 février,
est la conséquence du malaise qui l'a touché deux semaines plus
tôt, le 12. Peut-être que cette artère a explosé parce que mon
père était affaibli après sa tentative de suicide.
Et peut-être que non. Peut-être que
cette charrieuse de sang aurait rompu de toute façon.
Peut-être aussi qu'en plein milieu
de la nuit, mon père en a eu marre à nouveau, qu'il ne pouvait plus
supporter sa vie et sa carcasse, et qu'il s'est contracté à fond,
dans l'espoir que quelque chose en lui cède enfin. Et qu'il a été
exaucé cette fois ! Il était assez original pour tenter une chose
pareille.
Je ne le saurai jamais. Personne ne
le saura jamais.
Peut-être qu'il a finalement réussi a fuir son existence, ou qu'au contraire, il est mort au moment même où il voyait l'espoir renaitre devant lui. Laquelle des solutions est la pire ?
Peut-être qu'il a finalement réussi a fuir son existence, ou qu'au contraire, il est mort au moment même où il voyait l'espoir renaitre devant lui. Laquelle des solutions est la pire ?
Question vaine, réponse
impossible...
jeudi 21 mars 2013
Le mercredi 27 février dans
l'après-midi. Je m'assieds de nouveau dans la salle d'attente des
urgences du petit hôpital pas loin de chez nous. Même endroit, même
humains, même télé que la première fois. Moi, je ne suis plus
pareil. Maintenant la peur en moi est si forte, elle est tellement pleine, qu'elle me dépasse et me laisse
comme dans un grand vide dépourvu de souffrance.
J'attends, côte à côte avec des
gens que je ne veux pas voir. Je regarde l'horloge, je calcule le
temps qui s'est écoulé depuis que j'ai découvert mon père. Je
regarde la télé. Rediffusion d'un concours de chanteur : un
grand déballage de sentiments de circonstances sous des apparences
formatées, une débauche de conformismes, bêtes et faux !
Je me fais quand même un peu
embarquer par le spectacle de cette humanité qui me semble si loin
de moi, et qui est à cet instant tellement incongrue. Au moment où
on va découvrir le nom du grand vainqueur du concours, je sors pour
ne pas avoir à l'entendre. Je ne veux pas rester passif. Je ne veux
pas être sensible à ce suspense de pacotille.
mercredi 20 mars 2013
Mercredi 13 février, en soins intensifs cardiologiques, dans le grand hôpital départemental. Mon père souffre, toujours sur fond de colère. Tout lui fait mal. Son
corps, le lit, la bouffe, les piqures, et ces gens en blouses, dans leurs tunnels de certitudes, qui n'adaptent pas leurs manières de faire à sa douleur...
Lorsqu'il me voit, le docteur me demande si mon père est habituellement agressif (agressif... je crois, sans en être certain, que c'est le mot qu'il a employé). La veille, aux urgences du petit hôpital pas loin de chez nous, on m'avait posé exactement la même question, dans les mêmes termes !
Mon père n'a jamais reculé devant le scandale. J'imagine que, dans l'impuissance physique presque totale où l'a laissé son malaise, il s'est débattu à coup d'emportement et de mépris contre ces piètres médicrates. Peut-être qu'il a crié, et injurié...
Sur le coup, je n'ai pas pensé à réclamer plus de précisions à ces docteurs et, pris par les évènements, je n'ai pas non plus insisté pour obtenir d'avantage de détails de mon père.
Lorsqu'il me voit, le docteur me demande si mon père est habituellement agressif (agressif... je crois, sans en être certain, que c'est le mot qu'il a employé). La veille, aux urgences du petit hôpital pas loin de chez nous, on m'avait posé exactement la même question, dans les mêmes termes !
Mon père n'a jamais reculé devant le scandale. J'imagine que, dans l'impuissance physique presque totale où l'a laissé son malaise, il s'est débattu à coup d'emportement et de mépris contre ces piètres médicrates. Peut-être qu'il a crié, et injurié...
Sur le coup, je n'ai pas pensé à réclamer plus de précisions à ces docteurs et, pris par les évènements, je n'ai pas non plus insisté pour obtenir d'avantage de détails de mon père.
mardi 19 mars 2013
Mercredi 13 février. Mon père est transféré du petit hôpital pas loin de chez nous au grand hôpital départemental, en soins intensifs cardiologiques. Nouvelle salle d'attente où ruminer mon inutilité, nouvelle chambre pour mon père, nouveau médecin qui m'explique en coup de vent...
La veille, l'urgentiste qui sentait bon le diplôme universitaire tout frais m'avait parlé d'une possible sorte de méningite. Ensuite ils se sont décidé pour le problème cardiaque mais là, celui-là me dit qu'après examens, l'origine du malaise serait plutôt une pneumonie...
La veille, l'urgentiste qui sentait bon le diplôme universitaire tout frais m'avait parlé d'une possible sorte de méningite. Ensuite ils se sont décidé pour le problème cardiaque mais là, celui-là me dit qu'après examens, l'origine du malaise serait plutôt une pneumonie...
lundi 18 mars 2013
Au lecteur imaginaire...
Je me suis engagé hier à raconter les démons intérieurs qui ont peuplé la vie de mon père et s'acharnent encore sur la mienne.
Voilà ce que je peux en dire aujourd'hui, en guise d'introduction...
Pour saisir la difficulté de raconter à quiconque un vécu qui lui est totalement inconnu, livrez-vous à un petit jeu. Rappelez-vous la fois où vous avez eu le plus soif dans votre vie. Tellement soif que vous ne pensiez plus qu'à de l'eau fraiche inondant votre bouche. Rien d'autre ne pouvait occuper votre esprit.
Et maintenant, imaginez que vous devez raconter cette expérience à un extraterrestre de passage. Un extraterrestre qui, de toute son existence, n'a jamais vu d'eau ! Ni bu de liquide, ni bien entendu, connu la soif !
Ou, dans le même style, imaginez que vous devez raconter une rage de dents à quelqu'un qui n'a jamais eu mal aux dents...
Vous commencez à visualiser la difficulté de l'exercice, pour celui qui fait le récit comme pour celui qui écoute ?
Je me suis engagé hier à raconter les démons intérieurs qui ont peuplé la vie de mon père et s'acharnent encore sur la mienne.
Voilà ce que je peux en dire aujourd'hui, en guise d'introduction...
Pour saisir la difficulté de raconter à quiconque un vécu qui lui est totalement inconnu, livrez-vous à un petit jeu. Rappelez-vous la fois où vous avez eu le plus soif dans votre vie. Tellement soif que vous ne pensiez plus qu'à de l'eau fraiche inondant votre bouche. Rien d'autre ne pouvait occuper votre esprit.
Et maintenant, imaginez que vous devez raconter cette expérience à un extraterrestre de passage. Un extraterrestre qui, de toute son existence, n'a jamais vu d'eau ! Ni bu de liquide, ni bien entendu, connu la soif !
Ou, dans le même style, imaginez que vous devez raconter une rage de dents à quelqu'un qui n'a jamais eu mal aux dents...
Vous commencez à visualiser la difficulté de l'exercice, pour celui qui fait le récit comme pour celui qui écoute ?
Il y a longtemps, mon père m'a raconté une histoire, une histoire
vraie : une fille essaie de se suicider. Mais elle se rate. Ses premiers
mots à son réveil : "merde, je suis encore là" !
Mardi 12 février. Salle d'attente des urgences. Je suis enfin appelé. Je retrouve mon père couché sur une civière, branché aux perfusions, ses yeux rougis éclairés d'un mélange de souffrance et de fureur.
En cet instant, mon père était sans doute, lui aussi, brûlé par le regret d'être encore là...
Mardi 12 février. Salle d'attente des urgences. Je suis enfin appelé. Je retrouve mon père couché sur une civière, branché aux perfusions, ses yeux rougis éclairés d'un mélange de souffrance et de fureur.
En cet instant, mon père était sans doute, lui aussi, brûlé par le regret d'être encore là...
dimanche 17 mars 2013
En commençant ces billets quotidiens, j'espérais me contenter de raconter la suite des faits, sous forme de notes égrainées qui auraient peu à peu constitué un tableau cohérent.
Mais je me rend compte que les faits n'ont de sens qu'à la lumière de ce que nous étions, mon père et moi. Les faits ne peuvent s'emboiter les uns dans les autres que si je raconte les forces qui nous menaient l'un et l'autre.
C'est un exercice difficile, d'expliquer la nature intime des gens. Même si on les connaît parfaitement. Tous, nous sommes enfermés en nous-même. Et il nous est à jamais impossible de nous installer dans l'esprit d'un autre pour en saisir les ressorts. C'est grâce à de communes expériences - un fond collectif de vécus similaires - que l'on parvient à communiquer. Seulement, le tableau que je compte brosser est bien éloigné de ce fond collectif.
Et pour m’acquitter de cette description essentielle, je me dois d'employer des mots simples. Il m'est interdit de recourir au jargon de spécialiste que nous nous étions forgé mon père et moi. J'ai choisi dans ce blogue de m'adresser à l'autre, à cet autre inconnu et forcément ignorant, à ce lecteur théorique qui n'existe sans doute pas, mais que je veux pouvoir imaginer lisant ces lignes. C'est ma contrainte.
Demain, donc, tout en continuant au fur et à mesure l'évocation des péripéties de notre sinistre aventure, je commencerais à effleurer le récit du mal profond qui a rongé toutes nos vies.
Mais je me rend compte que les faits n'ont de sens qu'à la lumière de ce que nous étions, mon père et moi. Les faits ne peuvent s'emboiter les uns dans les autres que si je raconte les forces qui nous menaient l'un et l'autre.
C'est un exercice difficile, d'expliquer la nature intime des gens. Même si on les connaît parfaitement. Tous, nous sommes enfermés en nous-même. Et il nous est à jamais impossible de nous installer dans l'esprit d'un autre pour en saisir les ressorts. C'est grâce à de communes expériences - un fond collectif de vécus similaires - que l'on parvient à communiquer. Seulement, le tableau que je compte brosser est bien éloigné de ce fond collectif.
Et pour m’acquitter de cette description essentielle, je me dois d'employer des mots simples. Il m'est interdit de recourir au jargon de spécialiste que nous nous étions forgé mon père et moi. J'ai choisi dans ce blogue de m'adresser à l'autre, à cet autre inconnu et forcément ignorant, à ce lecteur théorique qui n'existe sans doute pas, mais que je veux pouvoir imaginer lisant ces lignes. C'est ma contrainte.
Demain, donc, tout en continuant au fur et à mesure l'évocation des péripéties de notre sinistre aventure, je commencerais à effleurer le récit du mal profond qui a rongé toutes nos vies.
samedi 16 mars 2013
Il y a une semaine exactement, le samedi 9 mars 2013, c'était la cérémonie des funérailles de mon père. Des jours à l'avance, j'avais réfléchi à ce que j'allais dire. La veille, j'avais passé la nuit à travailler mon texte. Et j'avais répété des phrases entières à haute voix, encore et encore, pour ne pas ridiculiser mes mots en les prononçant mal.
Au moment de prendre place devant tout le monde, je suis entré dans un de ces moments où l'action se libère de la pensée ; où les choses s'emparent de nous et se déroulent en nous laissant spectateur de nous-même. Tout est sorti d'un coup. Ma voix avait la puissance de mon émotion. J'étais accroché au pupitre, traversé de forces, tremblant je crois. Et je les regardais, tous assis face à moi.
Je n'ai pas parlé trop vite, mes paroles étaient claires, mais j'ignore si elles ont atteint la compréhension des gens. Ce que je sais, c'est que je les ai traversé aux tripes. J'ai secoué la salle, j'ai fait monter des larmes. Peut-être qu'ils ont seulement reçu ma souffrance, et qu'ils ont eu, seulement, pitié de moi. Peut-être que le sens de mes mots n'a été qu'un cri lancé au vide. C'est possible...
Il n'empêche que mon père aura eu des funérailles digne. Il ne se sera pas effacé de la vie comme un souvenir anodin. Et c'était ce que je voulais par-dessus tout !
Voilà ce que je leur ai dit :
Au moment de prendre place devant tout le monde, je suis entré dans un de ces moments où l'action se libère de la pensée ; où les choses s'emparent de nous et se déroulent en nous laissant spectateur de nous-même. Tout est sorti d'un coup. Ma voix avait la puissance de mon émotion. J'étais accroché au pupitre, traversé de forces, tremblant je crois. Et je les regardais, tous assis face à moi.
Je n'ai pas parlé trop vite, mes paroles étaient claires, mais j'ignore si elles ont atteint la compréhension des gens. Ce que je sais, c'est que je les ai traversé aux tripes. J'ai secoué la salle, j'ai fait monter des larmes. Peut-être qu'ils ont seulement reçu ma souffrance, et qu'ils ont eu, seulement, pitié de moi. Peut-être que le sens de mes mots n'a été qu'un cri lancé au vide. C'est possible...
Il n'empêche que mon père aura eu des funérailles digne. Il ne se sera pas effacé de la vie comme un souvenir anodin. Et c'était ce que je voulais par-dessus tout !
Voilà ce que je leur ai dit :
« Il régnait un silence de mort dans la maison. Les enfants se serraient contre leurs parents et beaucoup de vieux hochaient doucement la tête.- C'est ainsi, dit Tewee-soo avec une voix qui n'exprimait ni chagrin ni joie, la mort demande la vie et elle reçoit, soit un refus, soit un accord. La mort n'est pas tragique. Elle a de la dignité. »Ces mots sont de Jorn Riel, un écrivain que Dominique aimait énormément. Pendant toute cette longue semaine où Dominique attendait, suspendu dans son voyage, l'issue du coma qui allait lui être fatale, nous lui avons lu à voix haute des ouvrages entiers de cet auteur.« La mort n'est pas tragique... »Et c'est vrai. Ce basculement incontournable est un des ingrédients du grand bouillonnement universel, fait de renouvellement, d'évolution et de disparition...Mais ce qui est tragique, ce qui est triste infiniment, c'est quand l'existence s'achève sans qu'on ait pu en faire quelque chose ! Ce qui est tragique et triste infiniment, c'est quand une vie s'éteint avant d'avoir connu son accomplissement.Dominique a poursuivi sa vie durant le rêve de cet accomplissement. C'était un rêve qui brûlait en lui, un espoir formidable, qui le hantait sans repos !Je veux vous parler de cet espoir d'accomplissement...Certains d'entre vous le savent, et beaucoup d'autres l'auront soupçonné : Dominique était un philosophe ! Ce titre est de nos jours facilement galvaudé par ceux-là même qui se l'attribuent. Ils s'en font une armure couvrant la vanité assourdissante de leur pensée. Oubliez ces pauvres individus. Non ! Voyez en Dominique un de ces Grecs immenses qui, il y a des millénaires de cela, défiait les mystères du monde armés de leur seul esprit ! Dominique était de cette race-là !Comme un Sisyphe acharné, il a toute sa vie roulé le rocher de sa grande exploration, noyant des milliers de pages sous l'encre de ses mots, donnant l'assaut à longueur de jours aux questions qui revenaient, sans cesse, obséder son existence. Et parfois... parfois... il extirpait de cette mêlée usante des trésors limpides. Il ressortait alors de sa quotidienne bataille riche de quelques vérités nouvelles. De ce genre de vérités si simples et si belles qu'elles viennent immédiatement se poser au fond de l'intelligence, occupant d'un coup leur place naturelle, comblant instantanément un vide qui nous a pourtant toujours accompagné. De ces vérités qui nous rendent plus fort à la vie.Dominique était un chercheur follement obstiné... Et c'était aussi un découvreur merveilleux !Cependant, malgré ces efforts incroyables... Mes paroles vont maintenant être atrocement dures, pardonnez-moi tous, mais les mots à cet instant n'ont de valeur que par leur sincérité, et cela m'oblige à prononcer cette phrase terrible : cependant, malgré ces efforts incroyables, Dominique nous a quittés sans avoir achevé son grand œuvre. Il s'est éteint avant son bel accomplissement. Les questions qui commandaient depuis toujours sa longue quête, ont défendu jusqu'au bout la cruauté de leur mystère.Dominique soupçonnait un tel dénouement. Depuis longtemps déjà, sa devise, celle justement qu'il voulait en épitaphe, c'était : « j'ai essayé ».Et il a essayé, semant sa vie entière les graines de sa grande récolte, tragiquement inachevée.Ces graines sont maintenant en chacun de nous. Son testament est dans chaque souvenir que nous avons de lui, dans chacun des mots qu'il a donné au papier. Nous sommes, tous, son héritage.Et si, avec nos moyens et dans nos vies, nous prenons soin de toutes ces graines, si – pourquoi pas ? – nous les menons finalement jusqu'à cette grande récolte... Alors peut-être que, chez ce dieu auquel il ne croyait pas, perché sur un nuage qui n'existe pas, Dominique qui n'est plus là nous regarderas, nous, ses enfants, ses petits-enfants, et chacun d'entre vous, et alors il verra finalement l'accomplissement de son existence et il dira enfin :« j'ai réussi ! »
Journal d'une survie, vendredi 15 mars
C'est dur... Pas foutu d'écrire ce putain de billet quotidien. Pourtant je me le dois... La moindre faille et je m'effondre. Si j'arrête d'avancer, c'est la glissade et le réveil de tous mes enfers, les uns après les autres !
Aujourd'hui, je voulais justement raconter la mort d'un de nos chiens, pendant l'hospitalisation de mon père. Mais c'est une histoire trop compliquée. Il faut la dire par petits bouts. Seulement aujourd'hui précisément, un autre toutou m'a plaqué... Pour la même cause exactement : torsion de l'estomac !
J'ai tout fait pour sauver la grande bête, j'ai déboulé chez le véto dès les premiers symptômes. Verdict : 1200 à 1500 euros l'opération, avec une chance sur trois de succès. Trop, et trop peu. J'ai laissé partir la chienne !
Finie l'écumeuse des mottes de terre, qui se lançait à toutes pattes dans d'immenses trajectoires à travers champs, pendant nos promenades. Finie la belle aboyeuse, l'enquiquineuse d'oiseaux, la retourneuse de taupinières au coup de griffe acharné, la sprinteuse des courses au lièvre, qui gaspillait généreusement son énergie dans de folles chasses à jamais vaines. Finie la grande peste, dépitée de la moindre caresse mal distribuée, qui passait sa jalousie en cognant les deux mâles à petits coups de museaux vifs, ponctués de jappements réprobateurs.
La maison se vide...
C'est dur... Pas foutu d'écrire ce putain de billet quotidien. Pourtant je me le dois... La moindre faille et je m'effondre. Si j'arrête d'avancer, c'est la glissade et le réveil de tous mes enfers, les uns après les autres !
Aujourd'hui, je voulais justement raconter la mort d'un de nos chiens, pendant l'hospitalisation de mon père. Mais c'est une histoire trop compliquée. Il faut la dire par petits bouts. Seulement aujourd'hui précisément, un autre toutou m'a plaqué... Pour la même cause exactement : torsion de l'estomac !
J'ai tout fait pour sauver la grande bête, j'ai déboulé chez le véto dès les premiers symptômes. Verdict : 1200 à 1500 euros l'opération, avec une chance sur trois de succès. Trop, et trop peu. J'ai laissé partir la chienne !
Finie l'écumeuse des mottes de terre, qui se lançait à toutes pattes dans d'immenses trajectoires à travers champs, pendant nos promenades. Finie la belle aboyeuse, l'enquiquineuse d'oiseaux, la retourneuse de taupinières au coup de griffe acharné, la sprinteuse des courses au lièvre, qui gaspillait généreusement son énergie dans de folles chasses à jamais vaines. Finie la grande peste, dépitée de la moindre caresse mal distribuée, qui passait sa jalousie en cognant les deux mâles à petits coups de museaux vifs, ponctués de jappements réprobateurs.
La maison se vide...
vendredi 15 mars 2013
Jeudi 14 février : mon père repart du grand hôpital départemental
pour être ramené dans le petit hôpital pas loin de chez nous. Les blouses
blanches ne diagnostiquent plus le problème cardiaque, ni la pneumonie.
Ils ne savent pas vraiment ce qui se passe, du moins c'est ce que
j'arrive à comprendre, au milieu de leurs explications toujours trop
rapides, toujours trop compliquées.
jeudi 14 mars 2013
Pourquoi mon père a tenté de se suicider ? Je connais la réponse.
Elle est complexe. Les racines de cet acte remontent jusqu'à sa petite
enfance. Et c'est une obsession qui a traversé toute sa vie. À la fin,
il n'en pouvait plus. Il ne souhaitait plus que "s'évader" de lui-même.
J'aurais pu l'en empêcher... Il aurait suffi, j'en suis certain, de quelques phrases pour lui redonner la force d'exister. Mais pas n'importe quelles phrases ! Surtout pas ! Et à ce moment-là, ces mots-là, ces mots capables de le raccrocher à la vie, je ne savais pas les prononcer...
Toute sa vie, mon père a hurlé de solitude. Une solitude terrifiante, de celle qu'on transporte avec soi, et qui vous laisse tout seul au milieu des autres, et qui vient vous rendre seul en plein cœur de vous-même. Toute sa vie, mon père a crevé de solitude !
Il était mon ami, et j'ai été incapable d'être le sien.
J'aurais pu l'en empêcher... Il aurait suffi, j'en suis certain, de quelques phrases pour lui redonner la force d'exister. Mais pas n'importe quelles phrases ! Surtout pas ! Et à ce moment-là, ces mots-là, ces mots capables de le raccrocher à la vie, je ne savais pas les prononcer...
Toute sa vie, mon père a hurlé de solitude. Une solitude terrifiante, de celle qu'on transporte avec soi, et qui vous laisse tout seul au milieu des autres, et qui vient vous rendre seul en plein cœur de vous-même. Toute sa vie, mon père a crevé de solitude !
Il était mon ami, et j'ai été incapable d'être le sien.
mercredi 13 mars 2013
Le mardi 12 février. Après son malaise, mon père est emmené au petit
hôpital pas loin de chez nous. Je poireaute dans la salle d'attente des
urgences. Je regarde les gens autour de moi, aucun n'a l'air vraiment
inquiet. Ils sont là pour des broutilles. Une télé accrochée au plafond
débite des clips. Moi j'ai la trouille.
Je sors fumer, puis je reviens à l’intérieur, et je retourne voir le secrétaire auprès de qui je me suis signalé à mon arrivée. Je veux être certain que les docteurs ne m'ont pas fait appeler pendant mon absence. Je suis mal à l'aise. Avec ces gens de l’hôpital, j'ai toujours l'impression de ne pas me comporter comme il faut. Le secrétaire n'est plus là. Il a été remplacé par une femme qui visiblement ne sait pas que j'existe. L'autre n'a pas dû lui passer le message...
Je sors fumer, puis je reviens à l’intérieur, et je retourne voir le secrétaire auprès de qui je me suis signalé à mon arrivée. Je veux être certain que les docteurs ne m'ont pas fait appeler pendant mon absence. Je suis mal à l'aise. Avec ces gens de l’hôpital, j'ai toujours l'impression de ne pas me comporter comme il faut. Le secrétaire n'est plus là. Il a été remplacé par une femme qui visiblement ne sait pas que j'existe. L'autre n'a pas dû lui passer le message...
mardi 12 mars 2013
Le mercredi 27 février, mon père est aux soins de suite de notre ville depuis hier. Plein de toutes les bonnes nouvelles que j'ai à lui annoncer, j'arrive à 13 heures 10 dans sa chambre. Il dort et je ne parviens pas à le réveiller. Je ne m'inquiète pas tout d'abord. Je range quelques affaires. Il bouge dans son sommeil, bâille largement, mais ne se réveille pas. Je reviens vers lui... Je crie à son oreille, je le secoue. Rien ! Il s'obstine à dormir...
Il a fait une hémorragie cérébrale. Il est dans le coma, piégé au fond d'une nuit dont il ne sortira pas.
Il a fait une hémorragie cérébrale. Il est dans le coma, piégé au fond d'une nuit dont il ne sortira pas.
lundi 11 mars 2013
Le jour des funérailles, samedi 9 mars, mon frère à demandé à l'assistance si quelqu'un voulait parler. Mais personne ne l'a fait. Les mêmes gens qui, il y a deux ans, avaient prononcé quelques mots pour la cérémonie funèbre de ma mère, n'avaient cette fois plus rien à dire...
L'avant-veille, mon frère lui-même se demandait si il allait prendre la parole. Mais finalement, il s'est décidé et a dit un petit texte.
S'il ne l'avait pas fait, j'aurais été seul à honorer la mémoire de mon père !
L'avant-veille, mon frère lui-même se demandait si il allait prendre la parole. Mais finalement, il s'est décidé et a dit un petit texte.
S'il ne l'avait pas fait, j'aurais été seul à honorer la mémoire de mon père !
dimanche 10 mars 2013
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