mercredi 3 avril 2013

  Dans les derniers mois de 2012, suite au désir de mon père d'avoir une montre, nous en avions commandé une dans un catalogue de vente par correspondance, un de ceux qui donnent toujours à qui le souhaite l'un ou l'autre objet made in china, pour prix dérisoire des frais de port. Cette fois-là, donc, c'était une montre qu'ils proposaient en cadeau, et le tarif correspondait assez bien à nos moyens financiers.
  Mais le chèque couvrant les frais d'envois n'a jamais été débité, la montre n'est jamais arrivée et nous n'avons jamais réussi à joindre quelqu'un, malgré nos appels renouvelés au numéro censé aider les clients en délicatesse avec leurs livraisons.
  Journal d'une survie, mardi 2 avril 
  Aujourd'hui, gros coup de grisou. C'est normal : la maladie se défend à hauteur des victoires de la journée. Et elles sont belles, ces victoires : totale réussite avec les gamins de la cantine ! 
  Je subis une attaque d'une nature telle qu'il me faut dérouler bien loin le fil de mes souvenirs pour en retrouver une équivalente. Cela me coûte une journée entière pour simplement reprendre pied. Et je m'estime heureux : ce n'est pas cher payé ! En d'autres temps, une telle situation ne me laissait aucune chance ! 
  Au moment de rédiger ma note quotidienne, je suis submergé d'une fatigue qui m'abat et je vais dormir. Et je me lève trop tard pour publier avant minuit. Il est 0 heures 42 quand je termine et je suis obligé d'antidater ma note !
  Au lecteur imaginaire...

  Je dois maintenant vous faire passer par quelques définitions. Mes mots vont être simples, je l'espère, mais les réalités dont ils sont l'expression sont complexes. Ce n'est donc pas à un travail facile que je vous convie.

  Puisque je veux parler de psychologie, je dois pour commencer dire ce que j’entends par là. 
  Ma définition ne sera pas parfaite ; aucune description du champ d'action d'une science ne peut l'être. Les sciences sont par essence évolutives : chaque nouvelle découverte les transforme, par petits bouts ou par grandes révolutions. Elles sont ouvertes sur l'inconnu et se nourrissent mutuellement les unes des autres. Et il arrive, en bien des cas, que leurs domaines d'activité aient des zones de chevauchement. Toutes ces raisons font que les sciences répugnent naturellement aux frontières étanches et bien délimitées.
  Pour donner une image, tracer le périmètre d'une science, et préciser ainsi ce qui la différencie des autres, c'est comme dresser la carte d'un groupe de lacs dont les eaux, sous l'effet de capricieux et fréquents mouvements de terrain, n'arrêteraient jamais de changer de niveau, de se partager et de se mélanger...
  Cela n'empêche pas l'être humain, lancé dans sa course au savoir, d'essayer toujours de classifier ses connaissances par catégories. Et c'est là une démarche nécessaire et intellectuellement enrichissante. Mais à condition qu'on garde à l'esprit que, dans les faits, ces catégories restent mouvantes et, très souvent aussi, s’interpénètrent.

  Ces précautions prises, voici ma définition : la psychologie, c'est l'étude de l'intelligence.
  Bien sûr – c'était d’ailleurs l'objet du dernier message que je vous ai adressé, cher lecteur imaginaire – la psychologie n'est pas la seule discipline qui s'occupe d'« étudier l'intelligence ». Mais les autres branches ayant le même sujet de recherche se concentrent sur l'étude des organes de l'intelligence (cerveaux, système nerveux etc.). Alors que la psychologie, elle, dirige son regard vers l'intelligence telle qu'elle se manifeste, telle qu'elle se réalise, telle qu'elle sort, en quelque sorte, de ces organes. La psychologie se concentre sur les témoignages, les rêves, les fantasmes, les relations, bref, tous les « objets » produits par l'intelligence.
  Si l'on veut, il y en a donc qui s'occupent d'ausculter les entrailles de l'appareil à fabriquer l'intelligence.
  Et d'autres qui étudient la production issue de cet appareil. 
  Ces derniers font de la psychologie.

  Cette définition que je donne de la psychologie en appelle une autre, beaucoup plus fondamentale, et qui ne pourra pas, elle, se payer le luxe de l'imprécision : qu'est-ce que l'intelligence ?