lundi 1 avril 2013

  Cette montre, c'était un symbole. Celui de la conquête par mon père d'une certaine normalité.
  Mon père avait passé son existence exilé en marge d'une attitude responsable. Par maladie, par impuissance, il s'était toujours montré douloureusement incapable d'accomplir correctement tout un éventail de gestes ordinaires. À force d'héroïsme (je pèse mes mots) il était néanmoins parvenu, malgré les accidents et les échecs, à se conformer aux exigences de la vie en société. Suffisamment, du moins, pour ne pas en être exclu.
  Une des manifestations de ces tares de la vie ordinaire qui l'accablaient – non pas la plus douloureuse, mais une des plus visibles – c'était de ne jamais avoir l'heure. Mais dans les derniers mois de 2012, mon père avait décidé d'avoir enfin une montre à son poignet. Et ça me rendait heureux.
  Cette montre c'était un symbole, un symbole de vie et de guérison...

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