dimanche 31 mars 2013

  "Bonne soirée, bonne nuit et pas trop de souffrance..." c'est par ces mots misérables que j'ai quitté mon père. Les derniers mots de notre dernière discussion.
  Mardi 26 février, en fin d'après-midi. Tous mes démons me chargent depuis deux jours mais je résiste et je continue à agir. C'est un progrès extraordinaire ! Mais cela me rend fragile...
  Depuis toujours ou presque, je suis un bancal de la relation. Un amputé de la manifestation d'amour. C'est une manière assez juste de décrire un des aspects principaux de mon handicap. Depuis toujours ou presque, irrépressiblement, je traite mon père en ennemi !
  Même si j'ai une idée assez précise des causes de cette attitude, ma connaissance n'est pas encore assez nette pour que je puisse en faire le récit ici. Je me bornerais donc à dire que cette aversion n'était pas due au comportement de mon père. Il recevait cette hostilité, sans pouvoir rien y faire ; et je vivais cette hostilité, sans pouvoir rien y faire ! Heureusement, ce rejet n'était pas permanent, ni total. Mais c'était une toile de fond dans notre relation et c'était ainsi depuis mon âge le plus tendre ! J'ai tout fait pour m'en débarrasser. J'ai bataillé pendant des années et des années, aux cotés de mon père, pour nous libérer tous les deux de cette abomination.
  Et les premiers fruits de cette lutte venaient enfin d'être récoltés ! Dans mes rapports avec lui, je n'étais déjà plus ce prisonnier absolu de moi-même que je pouvais être encore un mois auparavant, ni l'être si facilement pris au piège que j'étais il y a encore quinze jours. Les avancées étaient fulgurantes ! Mais cela ne voulait pas dire que j'étais totalement libéré. Il en restait, en face de nous, des obstacles !
  Et c'est sur un de ces relents de mon opposition que nous sommes tombés, lorsque nous nous sommes mis à parler de la montre...
  Journal d'une survie, samedi 30 mars
  Grand succès dans mon travail - à l'arraché, comme toujours, mais ça avance. 
  Le soir, je suis invité et je me retrouve devant un spectacle rare, d'une force précieuse : deux parents riches de pure gentillesse qui, malgré leurs limites et leurs blessures, sont en train de faire éclore un petit bout d'homme extraordinaire !