jeudi 21 mars 2013

  Le mercredi 27 février dans l'après-midi. Je m'assieds de nouveau dans la salle d'attente des urgences du petit hôpital pas loin de chez nous. Même endroit, même humains, même télé que la première fois. Moi, je ne suis plus pareil. Maintenant la peur en moi est si forte, elle est tellement pleine, qu'elle me dépasse et me laisse comme dans un grand vide dépourvu de souffrance.
  J'attends, côte à côte avec des gens que je ne veux pas voir. Je regarde l'horloge, je calcule le temps qui s'est écoulé depuis que j'ai découvert mon père. Je regarde la télé. Rediffusion d'un concours de chanteur : un grand déballage de sentiments de circonstances sous des apparences formatées, une débauche de conformismes, bêtes et faux !
  Je me fais quand même un peu embarquer par le spectacle de cette humanité qui me semble si loin de moi, et qui est à cet instant tellement incongrue. Au moment où on va découvrir le nom du grand vainqueur du concours, je sors pour ne pas avoir à l'entendre. Je ne veux pas rester passif. Je ne veux pas être sensible à ce suspense de pacotille.
  Journal d'une survie, mercredi 20 mars
  J'ai tenu le coup.