Le mercredi 27 février dans
l'après-midi. Je m'assieds de nouveau dans la salle d'attente des
urgences du petit hôpital pas loin de chez nous. Même endroit, même
humains, même télé que la première fois. Moi, je ne suis plus
pareil. Maintenant la peur en moi est si forte, elle est tellement pleine, qu'elle me dépasse et me laisse
comme dans un grand vide dépourvu de souffrance.
J'attends, côte à côte avec des
gens que je ne veux pas voir. Je regarde l'horloge, je calcule le
temps qui s'est écoulé depuis que j'ai découvert mon père. Je
regarde la télé. Rediffusion d'un concours de chanteur : un
grand déballage de sentiments de circonstances sous des apparences
formatées, une débauche de conformismes, bêtes et faux !
Je me fais quand même un peu
embarquer par le spectacle de cette humanité qui me semble si loin
de moi, et qui est à cet instant tellement incongrue. Au moment où
on va découvrir le nom du grand vainqueur du concours, je sors pour
ne pas avoir à l'entendre. Je ne veux pas rester passif. Je ne veux
pas être sensible à ce suspense de pacotille.