En commençant ces billets quotidiens, j'espérais me contenter de raconter la suite des faits, sous forme de notes égrainées qui auraient peu à peu constitué un tableau cohérent.
Mais je me rend compte que les faits n'ont de sens qu'à la lumière de ce que nous étions, mon père et moi. Les faits ne peuvent s'emboiter les uns dans les autres que si je raconte les forces qui nous menaient l'un et l'autre.
C'est un exercice difficile, d'expliquer la nature intime des gens. Même si on les connaît parfaitement. Tous, nous sommes enfermés en nous-même. Et il nous est à jamais impossible de nous installer dans l'esprit d'un autre pour en saisir les ressorts. C'est grâce à de communes expériences - un fond collectif de vécus similaires - que l'on parvient à communiquer. Seulement, le tableau que je compte brosser est bien éloigné de ce fond collectif.
Et pour m’acquitter de cette description essentielle, je me dois d'employer des mots simples. Il m'est interdit de recourir au jargon de spécialiste que nous nous étions forgé mon père et moi. J'ai choisi dans ce blogue de m'adresser à l'autre, à cet autre inconnu et forcément ignorant, à ce lecteur théorique qui n'existe sans doute pas, mais que je veux pouvoir imaginer lisant ces lignes. C'est ma contrainte.
Demain, donc, tout en continuant au fur et à mesure l'évocation des péripéties de notre sinistre aventure, je commencerais à effleurer le récit du mal profond qui a rongé toutes nos vies.
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