Le mardi 26 février, après mon départ
des soins de suite de notre ville, je parviens dans la douleur à
faire les courses. Puis, une fois à la maison, je parviens dans la
douleur à me faire à manger. Et je me mets à l'ordinateur. Et
j’apprends que le projet sur lequel je travaillais est enfin
accepté !
Ce projet n'avait rien de rémunéré,
il était destiné à un groupe bénévole sur internet. Mais
ce travail tenait une place importante dans ma lutte intérieure. Sa
réussite marquait l'aboutissement de tout un pan de mes efforts et j'en attendait une profonde
transformation de ma dynamique. Une libération
qui allait, j'en étais sûr, s'ajouter à toutes celles – grandes
et petites – déjà accomplies jusqu'alors. Je crois bien me
souvenir qu'en découvrant la nouvelle, j'ai réellement dansé de
joie !
J'ai pensé prévenir mon père,
puisqu'il avait le téléphone dans sa chambre. Mais dans l'après-midi, lorsque j'avais proposé de donner son
numéro à mon frère, mon père avait refusé, de peur qu'un
appel vienne briser le sommeil qu'il avait déjà tant de mal à
trouver. Cette nuit-là j'ai pesé le pour (l'extraordinaire nouvelle
à lui communiquer), et le contre (risquer de gâcher sa nuit) et
j'ai penché pour le contre et décidé de remettre la grande annonce
à demain.
Et comme après tant d'autres situations,
je suis désormais accompagné de la question traitresse : et si...?
Et si j'avais passé le coup de fil ? Mon père aurait-il vu le matin et finalement survécu ? Ou serait-il quand même mort ? Et, dans les mêmes circonstances ? Serait-il parti plus heureux ?
Et si j'avais passé le coup de fil ? Mon père aurait-il vu le matin et finalement survécu ? Ou serait-il quand même mort ? Et, dans les mêmes circonstances ? Serait-il parti plus heureux ?
Toutes questions finalement inutiles
puisque, même si je pouvais avoir la réponse, cela ne changerait
rien au fait qu'au moment de décider, je n'avais absolument
aucun moyen de soupçonner les enjeux qui pesaient sur mon choix.
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