dimanche 7 avril 2013

  Le mardi 26 février, après mon départ des soins de suite de notre ville, je parviens dans la douleur à faire les courses. Puis, une fois à la maison, je parviens dans la douleur à me faire à manger. Et je me mets à l'ordinateur. Et j’apprends que le projet sur lequel je travaillais est enfin accepté !
  Ce projet n'avait rien de rémunéré, il était destiné à un groupe bénévole sur internet. Mais ce travail tenait une place importante dans ma lutte intérieure. Sa réussite marquait l'aboutissement de tout un pan de mes efforts et j'en attendait une profonde transformation de ma dynamique. Une libération qui allait, j'en étais sûr, s'ajouter à toutes celles – grandes et petites – déjà accomplies jusqu'alors. Je crois bien me souvenir qu'en découvrant la nouvelle, j'ai réellement dansé de joie !
  J'ai pensé prévenir mon père, puisqu'il avait le téléphone dans sa chambre. Mais dans l'après-midi, lorsque j'avais proposé de donner son numéro à mon frère, mon père avait refusé, de peur qu'un appel vienne briser le sommeil qu'il avait déjà tant de mal à trouver. Cette nuit-là j'ai pesé le pour (l'extraordinaire nouvelle à lui communiquer), et le contre (risquer de gâcher sa nuit) et j'ai penché pour le contre et décidé de remettre la grande annonce à demain.
  Et comme après tant d'autres situations, je suis désormais accompagné de la question traitresse : et si...?
  Et si j'avais passé le coup de fil ? Mon père aurait-il vu le matin et finalement survécu ? Ou serait-il quand même mort ? Et, dans les mêmes circonstances ? Serait-il parti plus heureux ?
  Toutes questions finalement inutiles puisque, même si je pouvais avoir la réponse, cela ne changerait rien au fait qu'au moment de décider, je n'avais absolument aucun moyen de soupçonner les enjeux qui pesaient sur mon choix.

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