"Bonne soirée, bonne nuit et pas
trop de souffrance..." c'est par ces mots misérables que j'ai
quitté mon père. Les derniers mots de notre dernière discussion.
Mardi 26 février, en fin d'après-midi. Tous mes démons me chargent depuis deux jours mais je résiste et je
continue à agir. C'est un progrès extraordinaire ! Mais cela
me rend fragile...
Depuis toujours ou presque, je suis un
bancal de la relation. Un amputé de la manifestation d'amour. C'est
une manière assez juste de décrire un des aspects principaux de mon
handicap. Depuis toujours ou presque, irrépressiblement, je traite
mon père en ennemi !
Même si j'ai une idée assez précise
des causes de cette attitude, ma connaissance n'est pas encore assez nette pour que je puisse en faire le récit ici. Je me
bornerais donc à dire que cette aversion n'était pas due au
comportement de mon père. Il recevait cette hostilité, sans pouvoir
rien y faire ; et je vivais cette hostilité, sans pouvoir rien
y faire ! Heureusement, ce rejet n'était pas permanent, ni
total. Mais c'était une toile de fond dans notre relation et c'était
ainsi depuis mon âge le plus tendre ! J'ai tout fait pour m'en
débarrasser. J'ai bataillé pendant des années et des années, aux cotés de mon
père, pour nous libérer tous les deux de cette abomination.
Et les premiers fruits de cette lutte
venaient enfin d'être récoltés ! Dans mes rapports avec lui,
je n'étais déjà plus ce prisonnier absolu de moi-même que je
pouvais être encore un mois auparavant, ni l'être si facilement pris au piège
que j'étais il y a encore quinze jours. Les avancées étaient fulgurantes ! Mais cela ne voulait pas dire que
j'étais totalement libéré. Il en restait, en face de nous, des
obstacles !
Et c'est sur un de ces relents de mon
opposition que nous sommes tombés, lorsque nous nous sommes mis à parler de
la montre...
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