lundi 18 mars 2013

  Au lecteur imaginaire...

  Je me suis engagé hier à raconter les démons intérieurs qui ont peuplé la vie de mon père et s'acharnent encore sur la mienne. 

  Voilà ce que je peux en dire aujourd'hui, en guise d'introduction...
  
  Pour saisir la difficulté de raconter à quiconque un vécu qui lui est totalement inconnu, livrez-vous à un petit jeu. Rappelez-vous la fois où vous avez eu le plus soif dans votre vie. Tellement soif que vous ne pensiez plus qu'à de l'eau fraiche inondant votre bouche. Rien d'autre ne pouvait occuper votre esprit.
  Et maintenant, imaginez que vous devez raconter cette expérience à un extraterrestre de passage. Un extraterrestre qui, de toute son existence, n'a jamais vu d'eau ! Ni bu de liquide, ni bien entendu, connu la soif ! 
  Ou, dans le même style, imaginez que vous devez raconter une rage de dents à quelqu'un qui n'a jamais eu mal aux dents...

  Vous commencez à visualiser la difficulté de l'exercice, pour celui qui fait le récit comme pour celui qui écoute ?
  Il y a longtemps, mon père m'a raconté une histoire, une histoire vraie : une fille essaie de se suicider. Mais elle se rate. Ses premiers mots à son réveil : "merde, je suis encore là" !
  Mardi 12 février. Salle d'attente des urgences. Je suis enfin appelé. Je retrouve mon père couché sur une civière, branché aux perfusions, ses yeux rougis éclairés d'un mélange de souffrance et de fureur.
  En cet instant, mon père était sans doute, lui aussi, brûlé par le regret d'être encore là...
  Journal d'une survie, dimanche 17 mars 
  J'ai tenu encore le coup. Les secousses sont terriblement violentes...